Pourquoi j'ai un éditeur Numérik

Publié le par Jean-Louis Michel

FindeRoute cover600J Heska est un jeune écrivain. Deux de ses romans sont publiés : « Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir », et « On ne peut pas lutter contre le système ».

Le premier est sorti chez Transit, et pour un tas de raisons, l’auteur a préféré prendre le large et foncer tête baissé dans l’aventure de l’auto édition.

Résultat : Les deux romans se trouvent maintenant chez Amazon en format « livre » et en format « Kindle ».

J Heska explique ce revirement sur son blog : 

 

« J’ai publié mon premier roman, Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir, à vrai compte d’éditeur après avoir essuyé toutes les humiliations des jeunes auteurs sans réseaux qui tentent leur chance à Paris (envois de manuscrits, refus, moqueries, rendez-vous, refus, moqueries, etc.). J’ai eu un très grand distributeur (dont je tairai le nom), une belle attachée de presse, un éditeur très occupé, une correctrice, un maquettiste, et toutes les petites mains qui pouvaient assurer un succès que je pensais acquis. 

Ce fut une expérience intéressante qui m’a ouvert les yeux sur ce monde qui ne me convenait guère, loin de l’image qu’on souhaite lui donner : mon éditeur n’a jamais pris le temps de lire mon livre, l’attachée de presse avalait des petits fours dans les dîners mondains sans même imaginer faire son travail, les journalistes ne souhaitaient recevoir un service de presse que pour pouvoir le refourguer sur eBay plus cher (car dédicacé), les librairies ne s’intéressaient qu’à Marc Lévy, le diffuseur s’inscrivait aux abonnés absents. De plus, mon bel éditeur a massacré la vie de mon roman, car il a tardé à réagir à une rupture de stock dès la première semaine (en temps normal, plutôt une bonne nouvelle) et a mis presque un mois et demi à lancer le réapprovisionnement. Entre-temps, la roue avait tourné, les linéaires des librairies avaient été réalimentés avec les nouvelles sorties. C’était fini.

J’ai pris très peur lorsque j’ai vu les commissions que tous ces intermédiaires avalaient goulûment.

Comme j’avais dépensé beaucoup de temps et d’énergie pour rien (car au final je n’ai jamais été payé, une arnaque visiblement courante dans le milieu), revirement total de position. Exit les éditeurs parisiens incompétents, les pique-assiettes et les fainéants. Quand mon second roman On ne peut pas lutter contre le système est sorti, j’ai voulu le faire selon mes conditions.

Je me suis donc autoédité. Dans ce domaine, il y a une volonté, des outils (impression à la demande, livre numérique, etc.) et une énergie qui stimulent ma démarche. Sans le côté « une nouveauté en chasse une autre ». Le tout à des coûts réduits. »


J Heska, ne fait pas dans la dentelle. Le changement de cap est brutal et c’est une situation que j’ai également connu, quoiqu’un peu différente. Pour ce qui me concerne, point de correcteur, ni d’attaché de presse. Juste un éditeur débutant, sans aucun distributeur, obligé de prendre son bâton de pèlerin pour faire le tour des librairies avec ses cartons sous le bras. Il y croyait, moi aussi, mais en dessous d’un certain nombre de tirage, point de salut. On s’est débrouillé comme on a pu et le stock s’est vendu.


Avant ça, j’ai aussi connu l’étape des enveloppes énormes qu’on envoie, des réponses négatives (quand il y a une réponse) ; J’ai arpenté Paris avec mes manuscrits dans un gros sac, avec à la main la liste des adresses des éditeurs, les remises en main propre. Ce n’est pas quelque chose que je regrette, au fond, c’est une étape nécessaire dans la vie d’un écrivain, se prendre des portes dans la tête n’est pas vraiment agréable, mais au moins les illusions s’envolent et au bout du compte, on peut vraiment se mettre à bosser. Le travail éditorial sur « Isa, Too Drunk To Fuck » était bâclé et j’ai mis du temps à m’en rendre compte, trop fier que j’étais de tenir mon premier livre entre les mains.


Je suis du genre têtu et fier, donc on ne me la fait pas deux fois. J’ai bien pensé à l’autoédition également, parce que c’est tentant, il faut bien l’avouer, mais travailler sans filet, sans avis, sans soutien c’est carrément du suicide. Il y a deux ans, le marché des liseuses était en phase embryonnaire. Ça marchait déjà pas mal aux Etats-Unis et la FNAC sortait son premier dispositif. Forcément, ça m’a intéressé. Je me suis documenté, j’ai lu beaucoup sur le sujet et j’ai senti le danger d’une publication unique sur Amazon, en solo (et c’est là ou je ne rejoins pas J Heska dans sa réflexion), je me suis méfié. Je ne voulais plus d’un roman à 15 ou 20 euros, et je ne voulais pas non plus d’un équivalent numérique au même prix que le livre. Dans mon esprit, je cherchais comment rendre la lecture accessible au grand public. Je voyais bien, à côté, que la vente de mp3 marchait bien, qu’il y avait moyen de s’en tirer à meilleur prix. Mais je voulais surtout continuer à travailler avec un vrai éditeur, quelqu’un qui lirait « vraiment » mon travail. Quelqu’un capable de me dire « c’est nul ! » ou « c’est excellent ! » C’est comme ça que je suis tombé sur le site Internet de Numériklivres et que j’ai envoyé « Un été de singe » à Jean-François Gayrard.


Que m’apporte t-il ?


Un vrai travail éditorial avant tout et une présence. Avec lui, je n’ai pas l’impression de bosser seul, dans mon coin. J Heska le peut certainement, pour moi, c’est plus difficile. Numériklivres assure la transformation du manuscrit sur tous les formats numériques et assure une diffusion sur toutes les plateformes habituelles : I tunes, Amazon, Fnac etc. ça demande un travail considérable, il ne s’agit pas simplement de passer le fichier Word dans un « générateur » d’Epub. Surtout, les romans sont abordables, moins de 5 € en général, c’est un pari sur l’édition numérique qui me plait parce que c’est ce que je voulais.


Voilà, c’est en ça que mon parcours diffère de celui de J Heska. Pour le reste, son analyse des pratiques des maisons d’éditions parisienne est assez juste. Gangrène, copinage, cooptation et fils ou fille de… Virage numérique hyper mal entamé, résistance et guerre ouverte (appel des 451), ambiance malsaine. Cela ne veut pas dire pour autant que c’est général, il y a bien entendu, beaucoup de passionnés dans ce milieu, mais ils sont victime du paradoxe numérique : Internet et le  « personnal computer » a comme corollaire l’augmentation exponentielle des écrivains et autres wannabes, alors que les maisons d’éditions tombent comme des mouches : de plus en plus d’auteurs, de moins en moins d’éditeurs. Saint Germain ressemble à la chute de l’Empire Romain. On se gave tant qu’on peu, et après eux le déluge. Dans la hiérarchie des écrivains maisons, il y a ceux qui peuvent vivre de leur travail, ils sont une poignée, et il y a les autres, qui n’en vivront jamais vraiment. Il y a ces piques assiettes qu’on retrouve aux « pince-fesses » du salon du Livre, ou dans les afters des émissions de télé, genre « ça balance à Paris », un milieu qui se regarde le nombril en croyant révolutionner le monde. Je comprends que les comités de lectures ne puissent tout lire, de bons auteurs sont victimes des montagnes de manuscrits que la Poste dépose par wagons et c’est malheureux. J’aimerais leur dire, à ces oubliés talentueux : Venez chez nous, n’aillez pas peur, parce que l’édition numérique souffre encore d’un déficit d’image, comme s’il ne s’agissait pas de « vraie édition ». Poussez la porte de ces nouveaux éditeurs qui ne roulent pas en Porsch Cayenne mais qui triment comme des malades, par passion, par conviction.

 

Publié dans news - actu...

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