Mercredi 19 décembre 3 19 /12 /Déc 09:46

Jean Seberg

 

Par JEAN SEBERG (Adressé à Libération en février 78 et publié le 10 septembre 1979).


Salut les cons, les voyous, les roadies, et les blues jeans Renoma : je suis de passage et j’ai deux ou trois trucs à vous dire, comme ça. De quoi je me mêle ? De vous tous et de milliers d’autres. Une gueule est faite pour parler et une machine pour taper, et un être humain pour - comme disait le plus grand planeur de tous les temps - «aimer son prochain». Voilà. Le shérif est en ville, et il va tirer. Et rien à foutre. Et un peu partout. Salut les reines des restes : restes de vous - même avec vos bébés nés en manque car vous étiez trop lâches pour avouer au toubib que vous étiez toxicos enceintes. Le môme pleure dans le coin, le linge sale et le ventre vide : pas de Nesquik pour lui, pas assez de blé. Juste assez pour que maman achète sa poudre. Juste assez pour qu’elle baise n’importe qui, n’importe comment pour avoir de quoi retrouver son dealer, sous une porte cochère. Vite. Vite. Il neige sur Paris… pied ! Rare ! Rien à en foutre, on veut de la neige dans nos veines. On espère qu’entre-temps le même n’a pas renversé ce qui traînait de Mari sur le canapé sale, à côté du dernier Mandrax. Fixette. Vite. Aiguille sale ? Hépatite ? Rien à foutre. San Sebastian de la Blanche, c’est pas notre faute. La société nous a fait comme ça. Mon vieux est un con. Maman n’a rien compris. Leila m’a laissé pour une autre. Tralala là et chiale, chiale. Chier, faites chier. Tous. Salut mes loulous, mes rouleurs de mes deux, kamikaze de la Harley, mes bras restent. C’est bien ? Tu es cool. Cool. Je sais. Si cool que tu peux plus réchauffer les pieds de ta bonne femme. Ecroulés côte à côte - hmmm, hmmm, pied - et si on essayait de baiser ? Blff.

Tellement mieux le flash, tellement mieux. Sales cons minables, vous osez vous défoncer en écoutant Dylan et Lay, Lady Lay. Vous êtes obscènes. Lui, il a ses emmerdes aussi, il doit vivre avec son génie - chose jamais facile, demande à Baudelaire, demande à Garrel, demande à Romain Gary et demande à Eustache - avec ses problèmes conjugaux. Et il bosse, le mec. Il est sur pied tous les jours, pour chanter Hurricane Carter pour vous. Vous êtes obscènes. (Putain, elle nous emmerde, mettons sa lettre dans les chiottes). Rien à foutre. Elle est vraiment trop square). D’accord, j’ai rien dit. Mais j’ai quand même envie de causer encore. Vous me casseriez la gueule ? Essaie donc : Pierrot mon Loulou élu viendra te saluer. Certains amis au teint basané me trouvent assez sympathique. Vous vous défoncez avec Sonny Criss ? Je vous l’interdis.


Interdis. C’était mon copain, et il essayait avec moi de vous décrocher. Et il jouait presque aussi bien que Yardbird Parker qui, sur son lit de mort, suppliait les jeunes musiciens de le croire quand il disait que son génie ne venait pas du cheval. Ça venait de son génie et de ses efforts au-delà du possible. Point c’est tout. Il travaillait. Ça s’apprend le sax. Tu te shootes avec Miles ? Ça se travaille la trompette. Des heures et des années chaque jour. Paul Desmond vous branche ? Moi aussi. Il fumait même pas les joints (à propos, puisque vous êtes tous si together, savez-vous qu’il vient de mourir avant la cinquantaine… de cancer ?). Et il est sublime Mick Jagger. Et Keith peut-être plus. Et ils se donnent à ne plus en finir pour vous. Et gracias, de nada, vous restez contre le mur avec le garrot, trop défoncé pour l’enlever.


Et Bobby Marley ? Qui ne l’aime pas ? Et il fait de la musique et de la politique, et il risque sa vie. Sniffette, sniffette. Et n’écoutez plus, je vous en prie, mon ami Memphis Slim. On est cool, huh ? (Elle peut pas la fermer celle-là. Pour qui elle se prend ? Pour une girl-scout ?). Et Hakim Jamal ?, cousin de Malcom X, ex-toxico, taulard, Muslim noir, plus bel homme qui a jamais marché sur la terre : il est mort mon Jamal - huit balles dans le ventre. Trois junkies revenus du Vietnam l’ont fait. Vietnam. OK (circonstance atténuante), mais vous m’avez tué Jamal. Oh, t’en fais pas, je fais pas du racisme à l’envers. J’ai connu des salauds et des minables, des crados et des paresseux de toutes les couleurs.


Bon, basta. J’arrête. Je fume une sèche, je bois une bière. Et je plane. Avec Count Basie, The Count. Je vais prendre un bain et mettre des pétales de rose dedans. Je la boucle, vous me fatiguez trop. Juste, une dernière chose, les copains, André Malraux, connais ? Moi, si. Assez bien. Et de toute sa vie, il a fumé trois boulettes d’opium, juste pour décrire le vieux Gisors. Trois. OK ? Salut les vauriens. Bacci. The Count joue Two for the blues et ça plane sec ! Navré pour la sèche, Madame Weil… Personne n’est parfait, n’est-ce pas ?


Quinze minutes.


Me revoilà ! Caftan, encens, parfum. The Count joue Jump for Johnny et je laisse tranquille mes camés avec leur overdose : qu’ils crèvent dans leurs vomis. […] Et je m’adresse maintenant aux poulets. Calmement. Je sais que vous faites un métier aliénant. Je sais que vous en avez marre. Mais ce n’est pas une raison pour terroriser Garrel et sa belle dame et tous les autres. […] Ne frappez plus mes potes qui essaient douloureusement de sortir de leur désespoir. Tenez-vous bien, je vous en prie. Vous savez mieux que moi où est la came, vous savez qui la fabrique, d’où elle vient, et qui en profite. Soyez des gardiens de la paix : DE LA PAIX. C’est noble. […] Bref, n’oubliez pas votre premier catéchisme. «Aime ton prochain comme toi-même !» Donc tenue et calme et aimez-vous les uns les autres. Chacun de nous chante ses blues. Merci.


PS : Je sais que je vais trop loin, mais je n’aime pas à oublier cette phrase d’André Malraux : «Faire connaître aux hommes la grandeur qu’ils ignorent en eux.» Salut.

Par Jean-Louis Michel - Publié dans : Cabinet de lecture - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Qui ?

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J’écris, c’est déjà pas si mal, n’est ce pas ? Je suis né en 66. Cette année-là, les Beach Boys sortaient Pet Sound, les Beatles dégainaient leur Revolver, et Brel faisait ses adieux à la scène pendant que The Papa’s & The Mama’s cartonnaient avec California Dreamin’.

Chez moi, Kerouac se baladait à la recherche de ses racines Bretonnes et finit par publier « Satori à Paris ».

Grande année, 1966…

Cela fait un petit moment que j’écris, maintenant. J’ai commencé par me frotter à l’exercice avec une série de courtes nouvelles que j’ai compilé en un volume que j’ai appelé « Les Anges ». Ces nouvelles sans prétention, je m’en sers parfois, je pioche dedans et je développe. Je brode, je tricote, patiemment… J’ai écrit  « Isa » comme ça, à partir d’une de ces nouvelles. Un jour, j’ai eu ce déclic de poursuivre l'une d'elles, juste pour voir si j’étais capable d’en faire un  roman. Nous étions en 2008. J’ai poursuivi ensuite avec « Ned’s Rock » en 2009 et « Motel » en 2010.

2011

 Isa Too Drunk To Fuck est publié aux éditions 93. Beau livre, belle couverture, elle me rappelle celle de « Nevermind the bollocks », c’est l’effet que je recherchais. J’en veux encore, sans doute trop, peut-être, je pense au numérique. Je continue dans la nouvelle, j’en prends trois, au hasard, pour construire « Un été de singe », une sorte de polar, façonné comme un « pulp », un roman de gare, facile à lire, surréaliste, déjanté et cartoonesque. E93 fait la gueule quand je lui parle de numérique, je me barre chez Numériklivres, « Un été de singe » plait à Jean-François Gayrard, on signe début 2012.

2012

« Un été de singe » sort en version numérique, disponible un peu partout – FNAC, AMAZON, ITUNES… Je retravaille « Motel » qui devient « Fin de route », sortie en deux tomes avant l’été. Je tombe malade, ça dure quelques mois, l’enfer, je crois que je vais crever avant la fin de l’année. L’envie me prend d’écrire un « Poulpe », finalement c’est une autre histoire, Work in progress ! 2013 arrive, la fin du monde également, je m’en fous, j’ai des trucs de prévus pour le lendemain. Have Fun !

 



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 Je vais vous soumettre mon travail, ici. Pas directement avec le module de publication du blog, mais avec l’aide d’un système que j’ai trouvé sur Calaméo. C’est une sorte de liseuse sur internet qui se rapproche le plus de la sensation qu’on peut avoir avec un vrai livre, c’est plus agréable en tout cas que les formats blog ou forum. Vous pouvez déjà le tester avec « Isa et autres histoires ». Cela ne vous dispensera pas de me livrer vos impressions, vos encouragements, vos corrections ou même vos insultes, ici, la parole est libre.

 

Je ne vous raconterais pas ma vie, ici il ne sera question que de littérature. Je vous proposerais donc ma prose et de temps en temps des idées de lecture, des réflexions sur l’écriture…

 

Enfin, vous trouverez quelques clichés également, des instantanés pris avec mon téléphone, à la volée au cours de mes périgrinations ferroviaires, que ce soit sur les quais d'une gare ou les stations de métro parisien. Ces images ne valent pas grand chose et n'ont aucune prétention, mais elles m'inspirent et c'est déjà beaucoup...



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